COVID19 Partie 2 : Le rôle de l’efficacité énergétique dans la reprise économique du Canada

Avr 1, 2020Médias

NATIONAL

Brendan Haley

Brendan Haley

Directeur de la politique

Efficacité Énergétique CANADA

Le Canada est confronté à une crise de santé publique majeure et cela doit être la priorité de tous en ce moment.
Cela inclut l’éloignement physique pour arrêter la transmission, la réorientation des capacités de production pour soutenir le système de santé et un soutien immédiat pour maintenir les revenus.

Les Canadiens sont confrontés à la perspective d’une profonde récession en raison des multiples chocs provoqués par la pandémie, coïncidant avec une réduction des prix internationaux du pétrole. Lorsque la crise sanitaire aura été atténuée, les gouvernements devront diriger la reprise économique par des investissements substantiels. De nombreux dirigeants mondiaux réclament des plans de relance économique pour mener la transition vers une économie sans carbone.

La première partie de ce blog a abordé les initiatives d’efficacité énergétique qui pourraient être mises en place lors des mesures d’éloignement physique. Ce blog traitera du rôle que l’efficacité énergétique peut jouer dans la promotion de la reprise économique après la disparition de la crise sanitaire. Il présente les objectifs susceptibles d’être associés à la reprise économique au Canada et examine comment différentes stratégies d’efficacité énergétique peuvent y contribuer. Le terme « reprise économique » plutôt que « stimulation » est utilisé intentionnellement pour reconnaître qu’une reprise durable nécessitera d’orienter les capitaux publics et privés vers des investissements productifs à long terme plutôt que vers des bulles spéculatives. 

L’efficacité énergétique, et d’autres solutions énergétiques durables, peuvent entraîner une augmentation immédiate et rapide de la demande globale et ouvrir la voie à des investissements de grande valeur dans les décennies à venir. Les scénarios sérieux d’efficacité énergétique prévoient des investissements annuels moyens de 11 à 12 milliards de dollars par an (voir le scénario PCF+ et le plan d’investissement pour une prospérité propre).

Si nous savons que l’efficacité peut être un vecteur d’investissement à grande échelle, il est également important d’examiner comment différentes stratégies d’efficacité contribuent aux objectifs politiques susceptibles de définir la reprise économique au Canada. Cinq objectifs viennent immédiatement à l’esprit :

1) Créer des emplois

2) Augmenter les dépenses de consommation

3) Aider les régions les plus touchées

4) Renforcer la confiance des investisseurs

5) Préparer l’avenir

Je donne ci-dessous des exemples de la manière dont l’efficacité énergétique peut conduire la reprise économique en gardant ces objectifs à l’esprit.

Créer des emplois

L’efficacité énergétique est un puissant créateur d’emplois car elle est plus exigeante en main-d’œuvre que d’autres secteurs. Des travaux effectués aux États-Unis estiment que 4,5 emplois directs et immédiats sont créés pour chaque million de dollars investi dans la rénovation résidentielle et commerciale, contre 0,7 emploi dans le secteur du pétrole et du gaz. Ces emplois locaux peuvent fournir des emplois dans les zones rurales, les petites villes, ainsi que les grandes villes. 

D’autres emplois sont créés à mesure que la demande augmente dans la chaîne d’approvisionnement, par exemple grâce à la fabrication accrue d’isolants, de pompes à chaleur et de fenêtres. Comme les travailleurs perçoivent un revenu et que les consommateurs économisent de l’argent, davantage d’emplois sont créés grâce à la réaffectation des dépenses dans l’économie locale. Au Canada, une étude sur les impacts macroéconomiques de l’efficacité énergétique montre que 16 à 30 emplois sont créés par million de dollars investis en tenant compte de tous ces effets (notez que ces chiffres sont nets de toute perte d’emploi due à des éléments tels que la baisse de la demande énergétique). Un scénario d’efficacité énergétique agressif augmente le nombre d’emplois annuels de 175 000, en moyenne, sur 14 ans.

Les gouvernements peuvent lancer ces efforts de création d’emplois en soutenant l’efficacité dans tous les secteurs et toutes les régions. La modernisation des bâtiments fédéraux est un moyen rapide de commencer. Par exemple, le Canada peut suivre l’Europe en se fixant pour objectif de rénover 3 % du parc immobilier public par an.

Augmenter les dépenses de consommation

Comme indiqué plus haut, l’efficacité énergétique est un outil puissant pour augmenter les dépenses des consommateurs, car les nouveaux emplois et les économies d’énergie permettent de mettre de l’argent dans les poches des Canadiens. Les programmes d’efficacité énergétique peuvent également viser à mettre de l’argent entre les mains des Canadiens à revenu faible ou modéré, plus susceptibles de le dépenser.

Les dernières données disponibles montrent que 2,8 millions de ménages au Canada consacrent plus de 6 % de leur revenu aux coûts énergétiques. Ce chiffre comprend les Canadiens qui se situent en dessous des seuils de pauvreté habituels ainsi que les travailleurs pauvres et les personnes âgées. 

Ces Canadiens sont moins susceptibles d’être aidés par les stratégies d’efficacité énergétique contenues dans les lettres de mandat ministérielles, car elles sont fortement axées sur les prêts aux propriétaires. Les Canadiens à faible revenu ne seront pas admissibles ou seront réticents à participer en raison de leur niveau d’endettement personnel déjà élevé. 

Notre carte de pointage de l’efficacité énergétique montre que presque toutes les provinces ont un programme d’efficacité énergétique pour les faibles revenus. Pourtant, nombre de ces programmes sont sous-financés parce que les systèmes de réglementation des services publics ne tiennent pas pleinement compte des avantages substantiels pour la santé et la macroéconomie de la société. Pourtant, il s’agit de programmes et de portefeuilles « prêts à l’emploi » qui peuvent être élargis grâce à un financement fédéral de contrepartie afin de promouvoir une plus grande portée et des qualifications moins strictes en matière de revenus. Les provinces ont dépensé environ 73 millions de dollars pour l’efficacité des services à faible revenu en 2018. La modernisation d’environ 3 % des ménages en situation de pauvreté énergétique par an pourrait représenter un investissement annuel de 2 à 3 milliards de dollars.  L’augmentation de ces dépenses de programme apportera des avantages immédiats pour la reprise économique, mais elle devrait également lancer un programme à long terme pour garantir que les Canadiens à faible et moyen revenu participent à la construction d’une économie abordable à émissions nettes nulles.

Les régions les plus touchées

La chute des prix du pétrole est une autre caractéristique des défis économiques auxquels le Canada est confronté, avec un impact particulier en Alberta, en Saskatchewan et à Terre-Neuve-et-Labrador. 

Nos données sur les dépenses provinciales tirées de la carte de pointage de l’efficacité montrent que chacune de ces provinces dispose d’une infrastructure de prestation de programmes, mais que les dépenses par habitant y sont les plus faibles. L’Alberta, en particulier, a développé une capacité de mise en œuvre de programmes qui se perd en raison de la fermeture de la plupart des programmes de l’Energy Efficiency Alberta.

Les travailleurs du pétrole et du gaz ont trouvé des emplois intéressants dans le domaine de l’efficacité énergétique. Il pourrait être particulièrement important de maintenir et de développer rapidement l’efficacité énergétique dans les provinces qui possèdent des secteurs pétrolier et gazier.

Renforcer la confiance des investisseurs

Pour une reprise durable et à long terme, nous devons définir de nouveaux domaines d’investissement en capital. Les récessions s’attardent lorsque la confiance des investisseurs est faible, et le fait d’orienter les capitaux vers une spéculation improductive créera de futures vulnérabilités économiques. 

La modernisation de l’ensemble du parc immobilier du pays est un projet qui s’étend sur plusieurs décennies, capable de générer un rendement financier à partir des économies d’énergie et qui a besoin d’innovation et de nouveaux modèles commerciaux. D’autres juridictions ont créé des « banques vertes » pour mener cette initiative. Au Canada, le groupe d’experts sur la finance durable a suggéré de créer des banques vertes régionales et de faire jouer à la banque des infrastructures un rôle d’habilitation et de regroupement.

Dans un contexte de faibles taux d’intérêt, les gouvernements peuvent jouer un rôle de premier plan en réalisant des investissements initiaux substantiels et en assumant les risques initiaux. Le cofinancement avec les banques, les coopératives de crédit, les fonds de pension, etc. démontrera les possibilités d’investissement à long terme. Il est également important de créer les structures adéquates pour le financement de l’efficacité énergétique en travaillant avec des initiatives telles que le projet de confiance des investisseurs, qui définit des critères de souscription et de mesure cohérents, et en disposant de banques vertes capables d’agréger plusieurs projets en portefeuilles prêts à être investis à plus grande échelle.

Le groupe d’experts sur le financement durable a cité une opportunité d’investissement de 250 à 300 milliards de dollars pour la rénovation des bâtiments. Il s’agit d’une initiative à grande échelle qui peut orienter de manière productive les investissements, tant dans l’immédiat que pour les décennies à venir. 

Préparer l’avenir

L’histoire économique nous apprend que les reprises durables après une récession s’accompagnent de changements structurels qui définissent de nouvelles industries et de nouveaux domaines d’investissement. Comme indiqué ci-dessus, l’efficacité énergétique et la transition plus large vers la durabilité peuvent définir les contours de notre reprise économique. Ainsi, une politique de relance économique devrait se concentrer sur le développement des compétences, des modèles d’entreprise et des nouveaux systèmes de fabrication dont nous avons besoin pour construire une économie à émissions nettes nulles et résister aux chocs futurs.

Des compétences pour l’avenir : La première partie de ce blog a abordé l’augmentation de la formation en ligne, complétée par une formation en personne et sur site pendant la reprise économique. La formation accélérera l’introduction de codes de construction prêts pour une énergie nette zéro, et préparera la main-d’œuvre à un objectif national de modernisation de tous les bâtiments pour atteindre une économie à émissions nettes zéro. 

Ré-outillage de la fabrication : Les politiques de relance économique peuvent aider les fabricants à se ré-outiller pour fabriquer des produits tels que des fenêtres à faible consommation d’énergie, des pompes à chaleur pour les climats froids et des ventilateurs à récupération de chaleur. Un plan de relance qui soutient l’adoption par les provinces de nouveaux codes de construction augmentera la demande pour ces matériaux de construction à haute performance. Des filières d’économie verte peuvent être créées dans le cadre de programmes tels que le Fonds d’innovation stratégique et le Programme d’aide à la recherche industrielle du Canada. 

Nouveaux modèles commerciaux : Enfin, nous devrions encourager l’exploration de nouveaux modèles d’entreprise et d’innovations. Les technologies dures, telles que l’isolation et l’étanchéité à l’air, sont bien connues, mais nous avons besoin d’un nouveau mélange d’innovations logistiques, marketing et financières pour augmenter considérablement les améliorations énergétiques. 

La relance devrait lancer une grande diversité de projets de démonstration, en se concentrant sur la réalisation d’améliorations énergétiques à beaucoup plus grande échelle, afin qu’elles soient réalisées à moindre coût et plus rapidement.

Quoi d’autre ?

Le moment est venu d’apprendre les uns des autres et de nous préparer à contribuer à la reprise économique. À Efficacité Énergétique Canada, nous nous efforçons de faciliter l’échange de connaissances en organisant des séances de découverte hebdomadaires. Nous vous encourageons également à nous faire part de vos réflexions sur LinkedIn.

1  Cette estimation est basée sur les données sur les types de ménages en situation de pauvreté énergétique du document d’information sur la pauvreté énergétique du Canadian Urban Sustainability Practitioners Network, sur les estimations des coûts de rénovation énergétique en profondeur et de réparation générale des maisons, soit 200 $ par mètre carré pour les appartements et 100 $ pour les maisons mobiles, et 40 000 $ par maison, en utilisant la taille moyenne en mètres carrés par appartement et maison mobile.

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